Danser à Bangalore

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‘offre un espace de création privilégié à de jeunes chorégraphes dont le manque de moyens et d’espaces adéquats restreint souvent les possibilités de création’.
‘Le No Objection Certificate est un document obligatoire pour l’autorisation de toute représentation artistique au Pakistan’
‘Même en Inde où les arts se développent dans les villes, la liberté du corps, notamment pour les femmes, reste bien souvent un tabou’.

Danser à Bangalore

La floraison des biennales et festivals internationaux témoigne d’une aspiration à un art de la danse qui transcenderait les frontières pour briser les limites créées par la différenciation des genres, des styles et des pays. Mais la sous-représentation d’artistes originaires des pays dits en voie de développement contredit souvent cet élan. Cette contradiction, la biennale de Bangalore entend bien la réduire. Comment la jeune génération d’artistes redéfinit les identités sud-asiatiques et notamment indiennes ? Quelle esthétique produit-elle, qui dépasse les fractures et traumatismes tout en faisant droit à la la puissance d’un héritage encore vivant ?

Cette huitième édition est la plus importante depuis la création de l’évènement. Son slogan « Bangalore Moves » traduit l’ambition de susciter un engouement pour la danse contemporaine et son développement au-delà des réseaux actuels. Sur la scène principale sont attendus la compagnie française CCN2 de Rachid Ouramdane, la compagnie canadienne Marie Chouinard ou encore les Espagnols de la compagnie Guy Nader-Maria Campos. Dans cet environnement multiculturel, les chorégraphes sud-asiatiques du programme « Platform – emerging South Asia » bénéficient d’un auditoire de programmateurs internationaux. Enfin, FACETS, le programme de résidence, offre un espace de création privilégié à de jeunes chorégraphes dont le manque de moyens et d’espaces adéquats restreint souvent les possibilités de création.

Un mois avant le début du festival, les sept danseurs-chorégraphes en résidence rejoignent les studios d’Attakkalari pour travailler à la création d’une nouvelle pièce d’une dizaine de minutes. Ils sont pour la plupart indiens, originaires de Bombay, Delhi et Bangalore. L’un est originaire de Dakha au Bangladesh. Faute de moyens, il est le seul représentant d’Asie du Sud hors Inde sélectionné par le jury de FACETS. Enfin, deux chorégraphes internationaux sont présents, grâce au soutien d’organisations culturelles de leurs pays respectifs : InKo Centre et Arts Council Korea pour la Corée du Sud et Dancebase Edinburgh au Royaume-Uni.

Tahnun, le résident bangladeshi, est, dès le premier jour, impressionné par la taille du studio principal. Il s’estime chanceux et prend cette opportunité très au sérieux : « nous n’avons pas d’infrastructures semblables au Bangladesh ». À Dakha, il vit principalement des « corporate shows », des soirées d’entreprises. Pour pouvoir vivre de son métier de danseur, il pratique divers styles et techniques. Formé initialement au kathak — danse traditionnelle du nord de l’Inde — à Calcutta, il a également des notions de danse classique, contemporaine et claquettes qui l’aident à répondre aux attentes de ses clients. Malgré les difficultés et le peu de goût des Bangladeshi pour la danse contemporaine, Tahnun dit vouloir ouvrir la voie pour une scène qui parlerait de l’identité des habitants du Bangladesh et que ceux-ci pourraient comprendre.

Surabhi, elle, vit à Bangalore. Après un début de carrière comme ingénieur informatique chez Google, elle démissionne en 2013 pour entamer une formation à Attakkalari puis se lancer dans une carrière de danseuse professionnelle. « J’ai toujours fait de la danse comme loisir : danse moderne, danse Bollywood… Un jour j’ai découvert la danse contemporaine et je me suis sentie en adéquation parce que ça me permettait de lier l’intellectuel au mouvement ».

Meghna a grandi à Delhi où elle s’est formée à la danse classique et contemporaine. Durant sa scolarité, elle a bénéficié d’une bourse pour participer à un programme d’échange de trois mois au centre Marameo de Berlin. Sur les réseaux sociaux, elle fait part de sa joie de danser de nouveau pendant un mois. « À Delhi, la location de studios coûte très cher, donc c’est compliqué de trouver des lieux pour répéter ».

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Performance de Kathakali à Mudra
© Aurélia Chalono

Il y a des absents. Au Pakistan, la danse considérée comme obscène est interdite depuis 1981 par la clause numéro 7 du « NOC » — No objection certificate (1) —, texte issu du Dramatic performances act (2) de 1876… Même en Inde où les arts se développent dans les villes, la liberté du corps, notamment pour les femmes, reste bien souvent un tabou. La création d’un espace qui soutienne la liberté du corps en Asie du Sud est donc loin d’être un acte neutre tant il constitue une opportunité pour faire entendre des voix dissonantes face à l’oppression des corps — mais aussi face à une certaine prédominance occidentale sur les scènes internationales.

La spécificité de FACETS ne tient pas uniquement aux parcours de ses résidents mais aussi à la présence de « mentors » internationaux, des professionnels reconnus dont la mission est d’épauler les jeunes chorégraphes dans leur processus créatif. Cette année, à l’exception d’un designer son indien et d’un chorégraphe sud-coréen, aucun des mentors n’est originaire d’un pays sud asiatique. Ils viennent de Suisse (un designer son et deux designers lumière), d’Espagne (un dramaturge associé à Fabbrica Europa en Italie), du Portugal (une chorégraphe). L’influence culturelle européenne se manifeste ici de manière concrète.

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Source: http://blog.mondediplo.net/2017-06-15-Danser-a-Bangalore

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