Imaginer un salariat sans subordination

Eng – French Quizlet:

Sabien Witteman. — « Cage », 2013
sabienwitteman.com

L’ubérisation du code du travail n’est pas une fatalité

Espérant amadouer les opposants à sa réforme du code du travail, le gouvernement a planifié pas moins de quarante-huit réunions avec les syndicats d’ici à septembre. Mais consulter n’est pas négocier et encore moins coécrire la loi. Le temps n’est-il pas venu de prendre un autre chemin pour en finir avec les rapports de subordination propres au contrat de travail, tout en renforçant les droits sociaux ?
par Danièle Linhart

n a rarement vu des travailleurs revendiquer un rapport de soumission à leur patron. Pourtant, les conducteurs de voitures de transport avec chauffeur (VTC) qui travaillent en liaison avec des plates-formes numériques comme Uber ont brandi ce lien. Il s’agit pour eux d’échapper à leur situation d’indépendants afin de bénéficier de droits sociaux, en faisant valoir qu’ils dépendent en réalité d’un employeur auquel ils sont subordonnés. « Une nouvelle bataille juridique autour d’Uber commence, note le quotidien économique Les Échos. L’Urssaf poursuit la plate-forme pour requalifier ses chauffeurs en salariés [car] il existe un “lien de subordination” entre eux et la plate-forme. »

On ne le rappelle guère, mais les salariés paient les protections et garanties assorties à leur statut de deux manières : en argent — leurs cotisations contribuent à leur ouvrir des droits à l’assurance-maladie, à la retraite, à la formation, etc. — et en « nature » — ils sont tenus d’accepter la contrainte de subordination qui les accompagnera tout au long de leur carrière et les maintiendra dans un état de soumission à leur hiérarchie.

Pour avoir droit au statut de salarié dans le privé et de fonctionnaire dans le public, il faut ainsi s’engager à travailler dans le cadre bien spécifique d’une subordination permanente, c’est-à-dire de l’obéissance aux représentants de la direction, au cœur du contrat salarial. Mais, en raison des droits qui lui sont assortis, le statut de subordonné apparaît avantageux et même désirable, comme le montrent l’exemple des VTC ou celui des travailleurs qui se mobilisent pour ne pas en être éjectés et entament des combats de longue haleine, et parfois très violents, contre des plans de licenciements. Cette énergie du désespoir pour réclamer la pérennité d’emplois pourtant soumis à la dure réalité du travail subordonné a marqué le mouvement social — que l’on songe aux combats des Conti, des Goodyear, des PSA d’Aulnay…

Pourtant, il n’y a pas si longtemps encore, cette (…)

Source: http://www.monde-diplomatique.fr/2017/07/LINHART/57684

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