« Partout, autour de moi, des rafles »

rafle [rafl]
nom féminin

[arrestation] raid
une rafle de police a police raid
la rafle du Vel’ d’Hiv histoire the rounding up of Jews in the Paris Vélodrome d’Hiver in 1942
botanique stalk
[du maïs] cob

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« Partout, autour de moi, des rafles »

M. Charles Mager (« né en 1921 en Allemagne, d’origine polonaise, arrivé en France en 1922 »), psychiatre à Haïfa (Israël), nous adresse son témoignage comme un « devoir de mémoire », à l’occasion de l’anniversaire de la rafle du Vel’ d’Hiv’ (juillet 1942) et face à la résurgence des discriminations et du racisme en Europe.

Le Monde diplomatique
« Partout, autour de moi, des rafles »

C’est l’époque après la Libération. Je suis étudiant en médecine, première année. J’entre dans la grande salle d’autopsie de l’université de Strasbourg. Je m’apprête à commencer la dissection du cadavre. Je m’aperçois que tout son corps est parcouru de profondes meurtrissures. Il est circoncis. A titre de curiosité, je me mets à parcourir toute la salle de dissection, en m’arrêtant attentivement devant chaque table. Tous les cadavres, hommes et femmes, sont profondément marqués par des coups. La plupart des hommes sont circoncis. Je retourne à ma place. Le professeur d’anatomie me dit de commencer la dissection. Je ne puis. Je suis dégoûté. J’ai envie de vomir.

Je décide de réunir, au milieu de la salle, un comité de tous les étudiants juifs, pour protester. Ils n’osent, ils ont peur, ils se dérobent. Alors, seul, décidé à agir, je me rends, par une nuit froide d’automne, chez le rabbin de la ville pour lui fournir toutes les explications. Le lendemain, tous les cadavres, qui de leur vivant ont été torturés à mort, ont disparu de la salle de dissection.

Je peux alors en sérénité et en toute bonne conscience reprendre ou plutôt commencer mes leçons de dissection.

Je me remémore encore l’époque de l’Occupation. C’est la rafle, dans la petite ville d’Issoudun, près de Châteauroux, organisée par le commissaire de police, qui voulait ma peau et celle de tous mes confrères juifs réfugiés d’Alsace-Lorraine, parmi lesquels était mon cher frère qui a payé de sa vie. Quant à moi, chassé et pourchassé par la Gestapo soutenue et aidée par la meute des chiens des collaborateurs français de Vichy, je traversais la France entière, d’est en ouest, du nord au sud, pourvu de faux papiers délivrés par le curé d’Issoudun et un autre curé de village des environs de Bourges. Je voyais, partout autour de moi, des rafles, à Lyon, à Besançon, à Grenoble, à Périgueux, dans toutes les villes de France : masses d’hommes, femmes, enfants, tous apeurés, sans défense, traînés de leurs maisons, enfournés dans les fourgons de la mort.

Encore je me remémore. Enfant, je suis couché dans un petit lit, dans la colonie juive de vacances à Schirmeck : le bruit du train, avec sa locomotive, résonne encore dans mes oreilles, lorsqu’il passe, par une belle nuit d’été étoilée, devant les fenêtres de la colonie. Puis c’est l’Occupation : le camp du Struthof (Bas-Rhin), qui se trouve à quelques pas de là, décharge, par vagues, des masses de cadavres, de squelettes, à destination de la salle d’autopsie, au service du docteur Hirth et de ses collaborateurs…
Source: http://www.monde-diplomatique.fr/1993/08/A/45548

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